NIS2 et PME #1 : la responsabilité des dirigeants, ce que dit vraiment le texte
Avec la directive européenne NIS2 (directive (UE) 2022/2555), la cybersécurité change de statut pour les PME et les plus grandes entreprises. Elle n’est plus un simple sujet technique confié au responsable ou prestataire informatique. Elle devient un sujet de direction d’entreprise, au même titre que le développement commercial, les finances ou les ressources humaines.
Cette responsabilité revient à la direction. D’où une question que nos clients nous posent souvent. « On lit que “sous NIS2, les dirigeants deviennent personnellement responsables”. Qu’est-ce que ça veut dire, concrètement ? » La formule circule beaucoup. Nous avons donc voulu vérifier ce que dit vraiment le texte.
Nous avons lu la directive elle-même et répondons en trois volets dans cet article. Qui sont les dirigeants visés, quelles sont leurs obligations au titre de l’article 20, et ce qu’il en est réellement de cette « responsabilité personnelle ».
NB : Notre lecture porte sur la directive. En France, les règles précises dépendront de la loi Résilience, qui intègre NIS2 au droit français. Son examen à l’Assemblée nationale est prévu en octobre 2026. Nous mettrons cet article à jour après son adoption définitive.
Que vous soyez directement soumis à la directive NIS2, fournisseur d’une entité assujettie, ou hors périmètre NIS2, cet article vous donne les clés pour comprendre et anticiper les nouvelles normes de cybersécurité dans l’Union européenne.
Cet article fait partie de notre série “NIS2 et PME“. Pour clarifier votre statut ou comprendre les exigences de la directive, voir notre page “NIS2 et PME : Guide pratique des Dirigeants”.
Qui sont les dirigeants visés par NIS2 ?
NIS2 vise la direction de l’entreprise, appelée « organe de direction ». Ce sont les personnes qui ont le pouvoir de décider, de représenter et de contrôler l’entreprise.
C’est l’article 20 de NIS2 qui fixe leur rôle. Il demande à l’organe de direction d’approuver les mesures de gestion des risques cyber et d’en superviser la mise en œuvre.
En pratique, pour une entreprise française (SA, SAS ou SARL, c’est-à-dire société anonyme, société par actions simplifiée ou société à responsabilité limitée), cette notion recouvre généralement, selon nous, deux profils.
(Dans la plupart des PME, c’est une seule et même personne qui cumule les deux rôles.)
Quelles sont les 3 obligations du dirigeant selon NIS2 ?
L’article 20 de la directive demande à la direction de jouer un rôle actif. Il fixe trois obligations, approuver, superviser et se former. Il y ajoute une conséquence. La direction doit pouvoir être tenue responsable.
Voici ce que cela veut dire, point par point.
Concrètement, il faut intégrer la cybersécurité dans votre gestion habituelle de l’entreprise, en faisant des points de situation réguliers, et non plus uniquement le jour où une attaque paralyse votre production.
Le dirigeant peut-il déléguer la cybersécurité de son entreprise ?
Oui pour la mise en œuvre, non pour lesdécisionsetleursuivi.
L’article 20 place la cybersécurité au sommet de l’entreprise. Il met fin à l’idée d’un sujet purement technique, laissé au service informatique ou au RSSI (responsable de la sécurité des systèmes d’information).
C’est ici le même principe que pour les finances. Le dirigeant ne tient pas lui-même la comptabilité, mais il reste responsable des grandes décisions et de leur suivi.
L’approbation et la supervision reviennent à la direction elle-même. La formation, elle, s’adresse à chacun de ses membres.
Notre lecture est donc la suivante. Le texte confie ces trois obligations à la direction, et rien n’indique qu’elle puisse s’en décharger sur quelqu’un d’autre. En revanche, elle peut déléguer la mise en œuvre technique et organisationnelle à ses équipes ou à un prestataire.
Pour en savoir plus sur les différences entre cybersécurité et informatique, lire notre article NIS2 & PME #4 : quelles différences entre cybersécurité et informatique ?
Un dirigeant d’une PME peut-il être personnellement responsable sous NIS2 ?
La réponse courte est « oui, mais pas comme on le lit souvent ». NIS2 demande que le dirigeant puisse être tenu responsable si l’entreprise ne respecte pas ses obligations de cybersécurité. Mais, sauf dans un cas précis, elle ne fixe pas elle-même de sanction personnelle visant les dirigeants.
La formule qu’on lit souvent « NIS2 engage la responsabilité personnelle du dirigeant » n’est pas fausse mais incomplète. Elle laisse croire que la directive prévoit une amende payée par le dirigeant sur ses biens personnels, des poursuites directes par les victimes ou la perte définitive de son poste. Ce n’est pas ce que dit le texte.
Voici ce que nous lisons dans la directive.
- Pas d’amende personnelle prévue par la directive. Les amendes de NIS2 (article 34) visent l’entreprise, et non le dirigeant. Elles sont payées par la société. La loi française qui intègre NIS2 peut toutefois prévoir d’autres sanctions.
- Pas d’interdiction de diriger pour laplupart des PME*. La directive prévoit une interdiction temporaire de diriger (article 32), en dernier recours, qui ne vise que les dirigeants d’entités essentielles (EE). Or la plupart des PME concernées par NIS2 sont des entités importantes (EI).
- Pas de recours des victimes contre le dirigeant prévu par la directive. NIS2 ne prévoit pas que les clients et partenaires lésés par une cyberattaque touchant l’entreprise puissent se retourner contre le dirigeant. En principe, c’est l’entreprise qui doit réparer les dommages.
- Le vrai risque personnel vient du droit des sociétés.
- Une fois NIS2 intégrée au droit français, approuver, superviser et se former deviendront des obligations prévues par la loi.
- Un dirigeant qui les ignore peut se voir reprocher une faute. Le droit des sociétés parle de faute de gestion ou de violation de la loi.
- En cas de sinistre majeur ou d’amende qui met la PME en difficulté, les associés peuvent lui demander de réparer le dommage subi par la société, si sa faute y a contribué. Si l’entreprise est mise en liquidation, le liquidateur peut aussi lui demander de combler une partie des dettes, à condition de prouver une faute qui dépasse la simple négligence. Le dirigeant paie alors sur ses biens personnels.
* Certaines PME sont des entités essentielles, quelle que soit leur taille : par exemple, les fournisseurs de services DNS (système de noms de domaine) ou les prestataires de services de confiance qualifiés. L’État peut aussi désigner lui-même une entreprise comme entité essentielle.
Le risque immédiat pèse donc moins sur vous, dirigeant, à titre personnel, que sur votre entreprise. Pour elle, les enjeux sont financiers, juridiques et réputationnels. L’autorité de contrôle (en France, l’ANSSI, Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information) peut notamment obliger l’entreprise à rendre publics ses manquements (le « name and shame »). Cela peut fragiliser durablement la confiance de vos clients et partenaires, notamment lors des audits de la chaîne d’approvisionnement (supply chain)**.
* Pour en savoir plus sur les catégories d’entité soumises à NIS2, référez-vous à notre page NIS2 et PME : Guide pratique des dirigeants.
**Pour en savoir plus sur la sécurité de la chaîne d’approvisionnement, lire nos articles
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Trois premiers pas, sans expertise technique. Mettre la cybersécurité à l’agenda du comité de direction, s’appuyer sur un référent cyber et se former aux risques essentiels.
Voici comment les mettre en œuvre concrètement, sans attendre et sans tout révolutionner.
1. Mettre la cybersécurité à l’agenda
Il s’agit de commencer à parler de cyber dans vos instances de décision de manière régulière, au même titre qu’un sujet financier ou commercial.
2.Vous appuyer sur un référent cyber
Nommer un référent cyber, interne ou externe, capable de vous remonter l’état de cybersécurité de la structure de façon lisible, en langage de décision et sans jargon technique.
3.Vous former
Sans devenir un expert de la technique, l’enjeu est de connaître les mécaniques globales et savoir identifier les risques principaux pour endosser votre rôle de pilote en toute confiance.
Le reste relève d’un diagnostic cyber approfondi, propre à chaque entreprise. Savoir où vous en êtes vraiment, quels risques traiter en premier, quel budget est juste pour votre activité.
En résumé
NIS2 confie à la direction trois obligations en cybersécurité, approuver, superviser et se former. Elle demande aussi que la direction puisse être tenue responsable si l’entreprise ne respecte pas ses obligations de cybersécurité. En revanche, la directive ne prévoit pas d’amende payée par le dirigeant et n’impose pas que les victimes puissent se retourner contre lui. Les amendes visent l’entreprise. L’interdiction temporaire de diriger est réservée aux entités essentielles, en dernier recours.
Pour le dirigeant de PME, le vrai risque personnel vient du droit des sociétés. En cas de cyberattaque majeure, s’il a ignoré ces obligations NIS2, sa faute de gestion pourrait être plus facile à démontrer.
En plaçant la cybersécurité au niveau de la direction, la directive trace une voie limpide. L’obligation responsabilise, la responsabilité exige la connaissance, et la connaissance renforce la résilience.
Auteur
Lai LY
Spécialiste Gouvernance Cyber PME
Spécialiste Secteurs Services Financiers
Contributeur
Stéphane HIVERT
Spécialiste Cybersécurité PME
Spécialiste Secteurs Industrie, E‑Commerce
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Note d’édition : Pour alléger la lecture, le masculin est employé dans cet article comme genre neutre. Ce contenu a une vocation purement pédagogique et pragmatique ; nous ne faisons aucune interprétation juridique ou anticipation de la transposition française (voir notre mention complète ci-dessous).
Disclaimer
Cet article est fourni à titre informatif uniquement et reflète l’opinion de son auteur à sa date de publication. Il ne constitue pas un avis juridique ou réglementaire et ne saurait engager la responsabilité de l’éditeur quant à l’exhaustivité des informations fournies. Les menaces cyber et les niveaux de risque évoluant constamment dans le temps, toute décision prise sur la base de cette lecture relève de la seule responsabilité du lecteur.
Note spécifique à la directive NIS2 : Comme indiqué en introduction, les éléments partagés dans cet article découlent directement du texte européen (Directive (UE) 2022/2555) et restent soumis aux décrets de la transposition française. Ce contenu a une vocation purement pédagogique et pragmatique. Il ne constitue pas un avis juridique et ne saurait en aucun cas remplacer une analyse juridique personnalisée au cas par cas pour votre entreprise.
